Leroy Merlin emploie plusieurs dizaines de milliers de collaborateurs en France et reste le premier réseau de magasins de bricolage du pays. Depuis plusieurs mois, l’enseigne restructure sa relation client autour d’un principe simple : la qualité de service dépend d’abord de la stabilité et de la motivation des équipes en magasin. Isabelle Kupecek porte cette transformation qui touche aussi bien l’organisation interne que le parcours d’achat.
Leroy Merlin et le pari d’un service client omnicanal piloté depuis le magasin
Dans le retail, le service client digital (centre d’appels, chat, réseaux sociaux) et le service client physique (accueil, encaissement, conseil en rayon) fonctionnent souvent en parallèle, sans passerelle. Leroy Merlin a choisi de les fusionner à l’échelle du magasin. Des offres de recrutement récentes décrivent des postes où un même collaborateur gère l’encaissement, la fidélisation, l’animation d’événements clients, la relation à distance et même la présence sur les réseaux sociaux.
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Ce choix a une conséquence directe sur le parcours client : le conseiller en magasin n’est plus cantonné à un rayon. Il suit un client du premier contact digital jusqu’à la livraison ou au retrait, parfois au-delà. La logique n’est pas de créer un « département omnicanal » centralisé, mais de distribuer la compétence omnicanale à l’échelle de chaque magasin.
Pour le client, cela signifie qu’un interlocuteur local peut répondre à une question posée par chat, puis retrouver le contexte de l’échange lors d’une visite en magasin. L’enseigne mise sur la continuité plutôt que sur la multiplication des canaux.
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Mobilité interne chez Leroy Merlin : un levier concret de transformation client
Isabelle Kupecek a répété dans plusieurs interviews que l’expérience collaborateur conditionne l’expérience client. La formule est connue, mais Leroy Merlin la traduit par un mécanisme précis : la mobilité interne entre fonctions au sein d’un même magasin.
Concrètement, un collaborateur peut circuler entre des postes en ressources humaines, logistique, service client et pilotage de la performance sans changer de site. Cette porosité entre métiers accélère la montée en compétence et crée des profils polyvalents capables de comprendre les contraintes de toute la chaîne, de la commande fournisseur jusqu’au service après-vente.
Ce que cela change pour le client en magasin
Un conseiller qui a travaillé quelques mois à la logistique sait expliquer un délai de livraison. Un collaborateur passé par les ressources humaines comprend mieux les pics d’affluence et peut anticiper les besoins en renfort. Ces compétences transversales réduisent le nombre de transferts entre interlocuteurs, l’un des irritants majeurs dans le retail.
Les retours terrain divergent sur ce point : certains magasins ont adopté cette circulation fluide, d’autres restent organisés en silos plus classiques. La transformation n’est pas uniforme sur l’ensemble du réseau.
Promesse employeur et engagement salarié : la stratégie RH derrière l’expérience client
L’enseigne ne se contente pas de réorganiser les fiches de poste. Les offres d’emploi récentes mettent en avant des dispositifs financiers destinés à fidéliser les équipes :
- Intéressement et participation aux résultats, indexés sur la performance du magasin, ce qui lie directement la satisfaction client au revenu du collaborateur.
- Actionnariat salarié, un mécanisme qui transforme le collaborateur en co-propriétaire de l’entreprise et modifie son rapport à la qualité de service.
- Des engagements sur les conditions de travail (horaires structurés, postes décrits comme « évolutifs »), qui visent à réduire le turnover dans un secteur où la rotation du personnel reste élevée.
La stabilité des équipes est traitée comme un prérequis de la qualité de service, pas comme un sujet RH séparé. Quand un client retrouve le même conseiller d’un mois sur l’autre, la relation de confiance s’installe sans effort supplémentaire.
Parcours client digitalisé en magasin : étiquettes connectées et application mobile
Au-delà de l’humain, Leroy Merlin investit dans des outils digitaux en point de vente. L’enseigne a déployé des solutions d’étiquetage électronique et développé une application mobile qui accompagne le client directement en rayon. L’objectif affiché : réduire le temps passé à chercher un produit ou à comparer des prix.
L’application permet de scanner un article pour accéder à ses caractéristiques techniques, vérifier la disponibilité en stock et consulter les avis d’autres clients. Ce type de dispositif existe chez d’autres enseignes, mais Leroy Merlin l’intègre dans une logique plus large où le digital en magasin complète le conseil humain au lieu de le remplacer.
Les limites de la digitalisation en point de vente
L’impact réel de ces outils sur la satisfaction client à l’échelle du réseau n’a pas été chiffré publiquement. Leroy Merlin communique sur des « résultats probants », sans publier de métriques détaillées. La question reste ouverte : le digital en rayon améliore-t-il réellement le parcours ou ajoute-t-il une couche de complexité pour une clientèle habituée au conseil direct ?

Co-construction avec les équipes terrain : la méthode Leroy Merlin
Leroy Merlin a formalisé ce qu’elle appelle les « 10 points remarquables de l’expérience client ». Ces points n’ont pas été définis par un cabinet de conseil externe ni par la direction marketing seule. Ils ont été co-construits avec les collaborateurs en magasin, selon une démarche participative qui fait partie de l’ADN de l’entreprise depuis son projet « Vision ».
Cette méthode a un avantage mesurable : les équipes appliquent plus facilement des standards qu’elles ont contribué à formuler. Elle a aussi une limite : le consensus interne peut produire des référentiels prudents, moins disruptifs qu’une décision imposée par la direction.
En revanche, l’approche donne au réseau une capacité d’adaptation locale. Chaque magasin peut ajuster les priorités en fonction de sa clientèle, de son implantation géographique et de ses contraintes logistiques. Isabelle Kupecek parle du « super-pouvoir du local » pour décrire cette latitude donnée aux équipes.
La transformation engagée par Leroy Merlin repose sur un choix structurel : traiter la relation client comme un sujet d’organisation du travail plutôt que comme un projet marketing. Le parcours client s’améliore quand les collaborateurs restent, montent en compétence et disposent d’une vraie autonomie. Le modèle reste en cours de déploiement sur l’ensemble du réseau, et ses résultats à grande échelle restent à documenter.

